Worm: l’insaisissable

Aug 15, 2010 No Comments by Nirina

Worm: the elusive
Translated in english – below

Worm est un lieu de création et de diffusion artistique à Rotterdam. La plus atypique de nos visites.
Worm is a place of artistic creation and dissemination in Rotterdam. The most atypical of our visits.

Isolé au milieu des HLM, un vieil immeuble sur un port: voilà Worm. Au loin, un moulin hollandais qui ne tourne plus.
Quelques mouettes et le silence. Pas grand monde. Ca sent la mer. On est loin du centre de Rotterdam. Un écriteau: “Avant Garde Reet”. Ok, la rue de l’Avant Garde**, ça doit être ici.
Nous sonnons. Walter nous fait la visite. Dès l’entrée au rez de chaussée, c’est le bazar: des pellicules, des boîtes à bobines dans tous les sens, des vieux ordis accumulés dans un coin, des piles de CD…. Je pense au chaos des hackerspaces visités précédemment: pas le temps de ranger, trop d’idées à la seconde, trop de trucs à faire en même temps, ne rien jeter pour peut être un jour recycler, on ne sait jamais.

Une histoire de communautés et d’un collectif
Est ce que je m’avance si je dis qu’on est ici dans un lieu complètement atypique? Pour un lieu d’art, ça doit être un puits d’inspiration de travailler à côté d’un port, non?  “On est dans un immeuble du 17 e siècle, ce qui est à la fois une bénédiction et une malédiction, nous explique Walter, oui, le lieu est chargé d’histoires, mais on ne peut pas faire ce qu’on veut avec le bâtiment. Il y a trop de contraintes, on commence à être limité, on va déménager dans le centre”. Intéressant, le batiment qui abrite Worm a été réhabilité par un collectif d’artistes. C’est ce même collectif qui gère la structure. Ah oui, et ça marche comment une structure gérée par des artistes? Bien, plutôt très bien même. Walter insiste sur le très grand professionnalisme de son équipe. Coup d’oeil sur le rapport annuel de la structure et sur les documents publics d’activité: du béton armé. Pour le fun, l’équipe se permet de mettre en scène son report annuel 2009 dans une vidéo. Comme une devise, sur le site de Worm:“Mixing seriousness and fun.”

Ils sont 19 à faire vivre le lieu, dont la plupart à mi-temps. Chose étonnante, Walter nous apprend qu’à Worm, tout le monde, du directeur au chef de projet, perçoit le même salaire/horaire. Esprit de partage? Distribution éclairée? Non, là n’est pas la question. Worm fait ce choix non pas par idéologie mais pour des raisons très pragmatiques: il y a un vrai besoin de compétences et de gens pour gérer les projets – très nombreux – de la structure. L’allocation des ressources se soumet donc d’abord à ce besoin incompressible. Souplesse et flexibilité donc, quid de l’indépendance financière? Worm est une fondation financée par l’Etat qui génère ses propres revenus sur la billetterie de ses évènements, l’exploitation du lieu et sur les ventes de sa boutique, le Worm Shop, à l’intérieur du bâtiment. En 2008, le rapport annuel indique que, pour un budget de fonctionnement annuel de moins de 800K euros, l’aide publique s’élève à 65%. Un chiffre en baisse (75% en 2007), témoignant d’une aspiration à l’indépendance financière. Worm est conscient de sa mission culturelle, tout est réinvesti dans la production artistique et les résidences d’artistes: ” On fait notre mieux pour payer les artistes, c’est très important de les soutenir pour qu’ils vivent et continuent à produire. Pour ça, on fait aussi attention dans l’achat du matériel à prendre uniquement ce qui est nécessaire.”
Un lieu par et pour les communautés artistiques donc, mais quelles racines, quelle idéaux portent cette énergie? Nous continuons la visite.

Recycler plutôt que récupérer: une structure en perpétuel mouvement
“Ici 90% des matériaux que vous voyez, c’est du recyclage”. Du bar en charpente de bois avec un système d’aération fait maison jusqu’aux portes des toilettes, fabriquées avec des jerricanes en plastique: assurément à Worm, on est pas dans du recyclage de petit bras. Tout cela est très esthétique et maîtrisé . Ok donc le Do It Yourself, c’est le genre de la maison non? Encore râté: “J’ai le sentiment qu’aujourd’hui le DIY est devenu une culture en soi. Pourquoi ce besoin de labelliser les choses? Ce qui est intéressant ce sont les gens qui font les choses de cette façon, sans nécessairement les nommer.” Absence d’étiquettes donc. Peur de la récupération? Mmmm…J’ai l’impression que la structure elle même ne souhaite pas être recyclée….Eh bien c’est faux, archifaux. En pleine phase de croissance et de structuration, Worm met à disposition de tous, en open source, ses modèle de documents administratifs, juridiques et financiers sur une plateforme web: http://openorg.nl. “Ainsi, chacun doit pouvoir être capable de créer sa propre structure en 30 minutes. Pour l’instant, le site est en néerlandais mais la traduction vers d’autre langues m’apparait nécessaire. Cela fait aussi partie du projet”. Je vérifie. La documentation y est riche et facile d’accès: feuilles de budget, livres de comptabilité, règles de gouvernance, déclaration employeur, contrats de diffusion…Ca me plait. Et sinon l’esprit de Worm, il est en open source lui aussi?

Cultiver l’étrange pour être fertile
Direction la salle de concert au premier étage. Petite capacité (100 personnes), mais on devine l’énergie qui émane d’ici. La musique est centrale pour Worm. Dans sa programmation, un goût prononcé pour l’étrange, le bizarre, l’hybride. De l’electro – pop – punk – trash, des concerts inclassables….Souvent indé, jamais mainstream. “La musique pop se porte bien et a suffisamment de canaux de diffusion pour elle. La pop culture est facilement accessible. Nous, on cherche à diffuser du contenu via des canaux similaires, mais du contenu qui n’est pas accessible en soi. Les choses que l’on montre, il faut creuser un peu avant de les trouver.” Creuser la terre et la rendre fertile, c’est pas la fonction d’un ver ça? (Ver = Worm en anglais). Worm propose régulièrement des  programmes dédiés à l’outsider art. Concerts, performances, artistes étranges et dérangeants au menu. Excluant Worm? Non, tout simplement exigeant, voire nécessaire pour maintenir une biodiversité dans écosystème musical en phase terminale d’uniformisation.
Sur la scène européenne, Worm est à rapprocher avec des lieux comme Les ateliers claus (Bruxelles) ou le Club Transmedia (Berlin), pourquoi pas le Nouveau Casino à Paris. Ce que ces lieux ont en commun? Le goût de l’inédit et de l’occulte, mais avant tout, l’envie de mettre en lumière ce qui vient de la cave.

Je feuillette le programme,très illustré. Sur les photos, ça crie, ça danse, ça transpire.Très festif, très coloré, un peu sale, parfois trash, vraiment “fresh”. Super hype? Absolument pas ou, au mieux, le moins possible. “Les histoires de hype, c’est vraiment pas notre truc. Ce qu’on aime c’est être capable de tout regarder et de sélectionner des choses à droite à gauche et leur donner du sens. Si nous avions une mission, ce serait juste de détourner les choses,de les modifier un peu .” Amusant, un ver qui papillonne, butine et pollénise la sphère artistique de ses découvertes!

Loin, très loin de la démagogie, Worm considère ses publics et fait confiance à leur sens critique:  ” On est vraiment convaincus que les choses que l’on montre peuvent plaire à beaucoup de monde. Tout simplement parce que c’est bon, et si nous on aime ça, pourquoi pas d’autres?” Confiance en l’homme et son intelligence, tout simplement. “On pense que les gens sont tout à fait capable de disséquer les choses par eux même, on n’est pas là pour les prendre par la main à chaque fois, le risque avec ça, c’est le nivellement par le bas.”
Walter est chef de projet au Moddr Lab, un des trois lab de Worm, consacré aux nouvelles technologies et à leur détournement. Moddr propose des workshops publics où il est toujours question d’aller au delà de la technologie. Trouver du sens avant tout. Détourner et expliquer la technologie, se concentrer sur son impact social, politique, économique. A l’instar de la Web 2.0 Suicide Machine, application développé au Moddr qui interroge notre rapport au réseaux sociaux, la question du droit à l’oubli sur le web. Fatigué de votre vie 2.0? Suicidez vos avatars sur Facebook, Myspace, Linked In ou Twitter. “On aime l’idée de transparence dans la technologie. Pour rendre sa compréhension assimilable, on essaie de placer les technologies dans une perspective critique, toujours avec humour bien sûr.” Un humour délicieusement grinçant: la Suicide Machine vous offre la possibilité de laissez vos dernier mots avant de procéder à votre suicide sur la toile.

Puiser ses forces créatrices dans l’instabilité
Instable et insaisissable, Worm - le ver, en français – porte bien son nom. Comme l’invertébré, Worm est d’abord inclassable, ce qui en fait un être libre et autonome. Le ver dérange parce qu’il est sale, mou, parasitaire…il viendra nous chatouiller les doigts de pied quand on sera sous terre. Mais le ver est nécessaire pour maintenir l’humus. Garant de la fertilité de nos sols et de la biodiversité, il nous maintient en vie.
A Worm, j’ai le sentiment que les extrêmes se côtoient en riant: la vie et la mort, l’amour et la haine, le dégout et la fascination. Tendu entre l’Eros et le Thanatos, sur le fil, Worm puise sa force dans un environnement qu’il considère en mouvement. Là est sa force: entrer dans le cycle, s’y mouvoir sans briser le cercle .Parvenir à capter des intentions artisiques, déstabiliser les modèles préétablis, et craqueler, fissurer les schémas de pensées. Sortir du cercle dès l’instant où il est figé. Une question de survie.

Nous partons. Worm nous glisse entre les doigts. Le ver s’échappe, retourne creuser la terre et ses idées. Je m’interroge: comment Worm va-t-il vivre son déménagement dans la rue arty de Rotterdam, au centre, à côté des musées et des galeries d’art. Déracinés, résisteront ils à la tentation de la stabilité? Mieux, vont-ils parasiter la gentille- proprette industrie créative de la ville?
En attendant, la boucle est bouclée: Worm lance un appel aux dons vers ses communautés  pour soutenir les travaux du nouveau bâtiment et co-construire ce nouveau cycle.

WORM
Influences du ver et courants artistiques:
Fluxus
Dadaïsme
Autres liens:
http://www.wormweb.nl/
http://moddr.net/
http://www.suicidemachine.org/
Créez votre propre structure culturelle avec le ver:
http://openorg.nl.
Musique vidéo – Worm Station:
Yobkiss – Untitled Track
Um – The Guru let me down
Nawito Conjuto – Jacobiano
**Avant Garde Reet est un jeu de mots qui signifie, en réalité, Avant Garde in your ass :)

Worm: the elusive
Isolated in the middle of council flats, an old building on the harbor: that’s Worm. In the distance, a Dutch mill that do not turn anymore. A couple of seagulls and the silence. Not many people. It smells like the sea. We are far from the center of Rotterdam. A sign: “Avant Garde Reet”. Ok, the street of the Avant Garde, ** it should be here. We buzz. Walter guides the visit. As soon as we enter, even on the ground floor it is a mess: films, boxes of reels in all directions, old computers stacked in a corner, piles of CDs… I think about the chaos of the hackerspaces previously visited: no time to tidy up, too many ideas per second, too much stuff to do at the same time, not throwing anything for one, maybe recycling, you never know.

History of a community and a collective
Do I give myself away if I say we are in a completely atypical place? For an art space, it must be a well of inspiration to work near a harbor, right? “We’re in a 17th century building, which is both a blessing and a curse, explains Walter. Yes, the place is full of history, but we cannot do what we want with the building. There are too many constraints, it begins to be limited, we are going to move to the center.” Interesting; the building in which Worm is has been rehabilitated by a collective of artists. It is the same collective that manages the structure. And how does a structure run by artists work? Very well, pretty great even. Walter insists on the great professionalism of his team. Check of the annual report of the structure and the public documents on activity: it’s made of concrete. For fun, the team will stage its annual report for 2009 in a video. As a motto on the website of Worm: “Mixing seriousness and fun.”

They are 19 to enliven the place, mostly part-time workers. Surprisingly, Walter tells us that at Worm everyone, from director to project manager, receives the same pay per hour. Sharing mind? Enlighten distribution? No, this is not the issue. Worm made that choice, not by ideology but for very pragmatic reasons: there is a real need for skills and people to manage the – many – projects of the structure. The resource allocation is therefore first subjected to this incompressible need. So, softness and flexibility, but what about financial independence? Worm is a foundation financed by the state that generates its own income via the sell of tickets for its events, the operation of the site and the sales of his shop, the Worm Shop inside the building. In 2008, the annual report indicates that for an annual operating budget of less than 800K Euro, public help is of 65%: a lowered figure (75% in 2007) reflecting a desire for financial independence. Worm is aware of its cultural mission, everything is reinvested in the production of art and artists residencies: “We do our best to pay the artists, it is very important to support them so they can live and continue to produce. For that, we are also careful in the purchase of materials to take only what is necessary.” A place by and for the arts communities then, but what roots, what ideals generate this energy? We continue the visit.

Recycle rather than recover: a structure in perpetual motion
“Here 90% of the materials you see has been recycled”. From the bar in wood frame with a homemade ventilation system to the toilet doors, made with jerricans plastic: at Worm it is not about small, easy recycling. All this is very aesthetic and controlled. Ok so the Do It Yourself is appreciated here, no? Missed out again: “I believe that today the DIY has become a culture in itself. Why the need to label things? What is interesting is people who do things this way, without necessarily naming them.” So no labeling then; fear of being exploited? Mmmm… I feel that the structure itself does not wish to be recycled… Well I am wrong, totally wrong. At a time of growth and structuration, is available to all in open source, Worm’s model of administrative documents, legal and financial reports. (Web platform: http://openorg.nl) “Thus, everyone should be able to create its own structure in 30 minutes. For the moment, the site is in Dutch, but translations into other languages appear to me necessary. That is part of the project.” I checked. There are a lot of documents and it is easily accessible: budget sheets, books of accounts, governance rules, employer statement, broadcast contracts… I like it. And Worm’ spirit, is it available in open source too?

Cultivating the strange to be fertile
We go to the concert hall on the first floor. Small capacity (100 people), but we guess the energy emanating from here. Music is central to Worm. In its program, a taste for the strange, the bizarre, hybrid: electro – pop – punk – trash, unclassifiable gigs… Often independent, never mainstream. “Pop music is doing well and has enough channels. Pop culture is easily accessible. We sought to deliver content via similar channels, but the content is not accessible in itself. The things we show, you have to dig a bit before you find them.” Digging the earth and fertilizing it, is it not the function of a worm? Worm regularly offers programs dedicated to outsider art. Concerts, performances, strange and disturbing artists are on the menu. Excluding, Worm? No, simply demanding, or even necessary to maintain the biodiversity in a musical ecosystem in terminal phase of uniformity. On the European scene, Worm is comparable with places such as Les Ateliers Claus (Brussels) and Le Club Transmedia (Berlin), or even Le Nouveau Casino in Paris. What do these places have in common? A taste for the unexpected and the occult, but above all, the desire to showcase what comes from the underground.

I leaf through the program, very illustrated. In the photos, it screams, dances, perspires. Very joyful, colorful, a bit dirty, sometimes trashy, really “fresh”. Super hype? Absolutely not or, worst comes to worst, the least possible. “The hype stuff is not really our thing. What we like is being able to see everything from all around and to be able to select where we want and to give them sense. If we had a mission, it would just be to divert things, to change them a little.” Funny ,a worm that flutters, gathers and fertilizes the artistic sphere with its discoveries!
Far, far away from demagogy, Worm considers its audiences and trusts their critical thinking: “We really believe the things that we show can appeal to many people. Simply because it’s good and if we love it, why not others?” Confidence in Man and his intelligence. “We think people are quite capable of dissecting things by themselves, we are not there to lead them each time, the risk with that is mediocrity.” Walter is a project manager at Moddr Lab, one of the three Worm labs, devoted to new technologies and their misuse. Moddr offers public workshops where it is always question of going beyond the technology. Find the meaning first. Diverting and explaining the technology; focusing on its social, political and economic impacts. Like the Web 2.0 Suicide Machine, application developed by Moddr which questions our relationship to social networks, the question of right to oblivion on the web. Tired of your 2.0 life? Suicide your avatars on Facebook, MySpace, Linked In and Twitter. “We love the idea of transparency in technology. To make its understanding easier to take in, we try to put the technology in a critical perspective, always with humor of course.” A delightfully scathing humor: the Suicide Machine allows you to leave your last words before you commit suicide on the web.

Taking its creative forces from instability
Unstable and elusive, Worm is well named. As the invertebrate, Worm is unclassifiable, making it a free and independent being. The worm is disturbing because it is dirty, soft, parasitic… it will tickle our toes when we will be six feet under. But the worm is necessary to maintain the humus. Guarantor of the fertility of our soil and of biodiversity, it keeps us alive. At Worm, I feel that the extremes come together, laughing: life and death, love and hatred, disgust and fascination. In between Eros and Thanatos, on the verge, Worm’s strength comes from an environment it considers in movement. That is its strength, getting into the cycle, moving without breaking the circle. Managing to capture artistic intentions, destabilize pre-established models, and crack patterns of thought. Exit the circle as soon as it freezes: survival matter.

We’re leaving. Worm slips through our fingers. The worm escapes, returns to dig the earth and its ideas. I wonder how Worm will live its move into the arty streets of Rotterdam, in the center, next to museums and art galleries. Uprooted, will they resist to the stability temptation? Better, will they parasitize the nice-neat creative industry of the city? In the meantime, the circle has been circled: Worm appeals for donations to their communities to support the work of the new building and co-construct this new cycle.

Worm Influences and artistic movements: Fluxus, Dada.
Other Links: http://wormweb.nl/
http://moddr.net/
http://suicidemachine.org/
Create your own cultural structure with the worm: http://openorg.nl
Music Video – Worm Station: Yobkiss – Untitled Track, Um – The Guru Let Me Down, Nawito Conjuto – Jacobiano
** Avant Garde Reet is a pun that means in reality, Avant Garde in your ass

Europe Creative, Rotterdam

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