Berlin, pourquoi “c’est là que ça se passe”?

Aug 12, 2010 No Comments by Alice

Berlin, why “this is where it happens”?
Translated in English below

Quand je racontais les étapes du voyage de YGAW à des amis, systématiquement, j’avais droit à : “Berlin, tu vas voir, c’est génial – ville de malades !”.
Alors Nirina et moi avons quitté Budapest, ses hackers, pirates et autres coworkers, avec le sentiment que la suite serait encore plus démente.

Arrivées sous une pluie torrentielle dans la ville de tous les espoirs, le bus nous emmène à l’auberge de jeunesse, entre Mitte et Friedrichshain. Débarquement dans un hôtel des plus rudimentaires, ambiance ado-crado-destroy, odeurs par-fumées d’herbes, dreadlocks, capuches et 17 ans, c’est tout ce qu’on a trouvé pour moins de 40 euros pour 2 personnes la nuit. A l’accueil, une queue de 10 back-packers pour s’enregistrer et avoir accès à sa chambre, à la manière d’easy jet, les prix varient d’un jour à l’autre, en fonction de la fréquentation.

Allons visiter cette ville pleine de promesses !
Les vestiges du mur sont bien conservés et un peu partout, d’ancien panneaux américain délimitant l’ouest de l’est, servent de décoration, comme pour rappeler le passé douloureux de la ville. L’architecture est brut, les avenues immenses, nous sommes dans l’ancien Berlin Est. J’ai l’impression d’être à Créteil, à l’échat plus particulièrement, où le métro devient aérien, pour le plus grand bonheur des HLM voisins…Il n’y a ni magasins, ni restaurants, que des vendeurs de sandwich “grecs”, ceci dits, bien meilleurs qu’à Paris. Toute une communauté turque vit à Berlin.
Ok, on a RDV avec Christopher qui a monté un Fab Lab, Open Design City, dans les locaux d’un coworking space, le Betahaus. On se retrouve à la sortie du métro, Morizt platz, je m’attends à voir une place citadine berlinoise. On atterrit sur un rond point, des voitures, un kebab.

De ce quartier en construction, l’industrie créative en a fait son QG. S’y installent de nouveaux distributeurs de matériels pour les designers, une matériothèque, véritable paradis pour les artistes.
Beaucoup de bâtiments environnant disposent de grands lofts comme celui de Martin Bauer, qui crée un coworking space en face de la société Etsy.com, leader de la vente en ligne d’objets faits main par des particuliers. Le Betahaus et Open Design City sont donc totalement intégrés au décors.


Nous traversons un ancien terrain vague que l’équipe Prinzessinnengarten a récupéré. On peut acheter sa portion de jardin et y cultiver ses plantes, apprendre à faire la cuisine…il y a quelque chose de “fin du monde” et de très positif à la fois. On reconstruit un présent éco-bio-social, généreux, sur des vestiges belliqueux, abîmés.

Tobias, un ami allemand, hack-artiste également, nous raconte qu’il ne pourrait pas vivre à Berlin : “je serais contraint de faire la fête tout le temps”. La vie nocturne est “hardcore”: électro, drogues, enchainement de soirées jusqu’à 9 heures du mat’ pour finir au Bar25, apparemment, “c’est super cool”. Pas de sélection à l’entrée et c’est pas cher. Ici, 20% de la population est au chômage, Berlin est la ville la plus pauvre de l’Allemagne, le prix du mètre carré est très abordables Plein d’artistes viennent s’y installer, on ne compte plus le nombre de squats.

Nous nous rendons à C-Base, hackerspace connu, reconnu, l’un des plus réputés et anciens du genre. Pas loin de l’immense antenne de télévision, véritable icône esthétique de la ville, nous retrouvons Mickael qui sera notre guide. Étudiant en art et programmeur, il vit à Berlin depuis 6 mois, C-base est un incontournable pour la scène art-hack-tech. Nous visitons l’espace, pas de caméra, pas de photos des membres, il faut rester discret. Le lieu s’est construit sur un mythe extraterrestre emprunté au genre des années 50 de Chroniques martiennes. C’est loufoque mais très sérieux : les geeks codent pour sauver le monde… Mais j’avoue avoir eu ma dose (après l’Autriche et la Hongrie), des bunkers réinvestis par des idéalistes anti capitalistes ultra cyber connectés !

Direction la biennale de Berlin, allons voir de belles œuvres, loin des problématiques actuelles, mais transcendantes et conceptuelles, réalisées par des poètes sensibles et visionnaires…oublier un peu les tags, la clope, l’homme barbu et le combat pour un “monde free culture”. Ici au musée, les œuvres sont propriétaires.
Pourtant, très vite, je réalise que nous sommes loin des expo du Palais de Tokyo. A la biennale de Berlin, nous tombons sur une série de photos qui tiennent plus du reportage politiquement engagé comme à Arles, ou de films documentaires qui me rappellent Le Cauchemard de Darwin.
L’Américain Mark Boulos présente une œuvre en 2 écrans : d’un côté, les traders de la bourse de Chicago, de l’autre, une immersion dans la tribu Ijaw, des nigérians qui mènent des expéditions punitives contre les compagnies pétrolières occidentales.
Le français Mohamed Bourouissa présente une série de photographies de la banlieue, Avi Mograbi est l’auteur d’un film à la frontière entre Israel et la Palestine, prenant à parti des soldats.
Le titre de l’expo est “What is waiting out there”, ce qui (nous) attend dehors”, sous-entendu, la réalité. C’est donc de réalisme dont il est question et comment ce thème est traité artistiquement. L’expo embrasse l’actualité strictement, rejetant ainsi la tendance de l’art immanent, l’art qui rejette les contingences bassement matérielles.

Répercussions politiques des démocraties occidentales, restes de colonialisme, guerres, violence, tous les artistes explorent notre rapport à la dure réalité.

Je me posais une question suite à la visite du Musée Juif et du Mémorial de la Shoah, comment font-ils pour vivre avec la culpabilité d’un grand père nazi?
Je crois trouver une réponse dans cette biennale et dans l’ambiance de la ville toute entière.
Ils cultivent leur passé pour mieux l’observer, le comprendre, construisent des monuments à sa mémoire, mais surtout, ils interrogent constamment le présent, refusent  la consommation passive des tornades médiatiques. Ils conservent une part morbide, “destroy”, “underground”, en fait c’est très sain, ils ne pratique pas la politique de l’Autriche, heu, de l’autruche pardon… J’adore Berlin.


When I was telling friends about the different steps of the YGAW trip, they would always say: “Berlin, you’ll see, it’s great – awesome city!”. So Nirina and I left Budapest, his hackers, pirates, and other coworkers, with the feeling that the rest would be even more amazing.

We arrived in the torrential rain in the city of all the hopes and the bus takes us to the hostel between Mitte and Friedrichshain. Landing in a hotel in the most rudimentary, teen-destroy- disgusting style, odors, per-fume of weed, dreadlocks, hoods and 17 years old, it is all we found for less than 40 euros for two a night. At the reception, a queue of 10 back-packers to register and gain access to his room, like Easy Jet, prices vary from one day to another, depending on attendance.

But let’s visit this city full of promises! The remains of the wall are well preserved and everywhere, former U.S. panels defining the east-west borders are used as decoration, as if to recall the painful past of the city. The architecture is raw, the avenues are huge, we are in the former East Berlin. I feel like I’ m at Créteil, in l’ Echat to be exact, where the métro becomes aerial, to the delight of the social housing neighboring… There are no shops or restaurants, only “Greek” sandwich vendors (kebab shops), much better than in Paris, to be honest. There is a whole Turkish community living in Berlin.
Ok, we have an appointment with Christopher, who opened a Fablab, Open Design City, in a coworking space, the Betahaus . We met at the subway exit Moritz platz, I expected to see
a city square in Berlin. It landed on a roundabout, cars, a kebab shop.

The creative industry has made his headquarters of this neighborhood under construction. Here are installed new distributors of hardware for designers, a matériothèque, a real artists’ paradise. 
Many surrounding buildings have large loft like Martin Bauer’s who created a coworking space in front of the company Etsy.com’s laboratory, online retailer, leader in the sale of objects made by hand by individuals. The Open Design City and Betahaus are therefore fully integrated into the scenery.

We cross a former vacant lot that the team Prinzessinnengarten recovered. You can buy your share of garden and cultivate plants, learn to cook … there is both something “end of time” and very positive at the same time. We are rebuilding a present eco-bio-social, generous, on war hungry remains, damaged.

Tobias, a German friend, also hack-artist tells us that he could not live in Berlin: “I would be forced to party all the time.” Nightlife is “hardcore”: electro, drugs, never ending evenings and parties until 9 am, to finish at Bar25, apparently, “it’s super cool”. No selection at the door and it’s cheap. Here, 20% of the population is unemployed, Berlin is the poorest city in Germany, and the price per square foot is very affordable. Lots of artists have set up here; we cannot count the number of squats.

We go to C-Base, Hackerspace known, recognized, one of the most famous and oldest of its kind. Not far from the huge television antenna, aesthetical icon of the city, we find Michael who will be our guide. Art student and programmer, he has lived in Berlin for six months, C-base is a must for the art-hack-tech scene. We visit the place, no camera, no photos of members, discretion is important. The place was built on a extraterrestrial myth borrowed from a kind of 50s, Martian Chronicles. It’s funny but very serious: the geeks are encoding to save the world… But I admit I had my dose (after Austria and Hungary), of these bunkers reinvested by idealistic anti capitalist super cyber connected!

We are heading for Berlin Biennale, where we will see beautiful works, away from current problems but transcendent and conceptual, created by visionary and sensitive poets… just forget the graffiti, the fags, the bearded man and the struggle for a “free culture” world. Here at the museum, the works have priority. But I soon realize that we are far from the Palais de Tokyo’s exhibitions.
At the Berlin Biennale, we come upon a series of pictures that are more politically engaged reportage like at Arles ’s festival or upon documentary films that remind me of Darwin’s
Nightmare. The American Mark Boulos presents a work in two screens: on one side the traders of Chicago exchange, on the other, an immersion in the Ijaw tribal group, Nigerian conducting punitive expeditions against Western oil companies. The French Mohamed Bourouissa presents a series of photographs of the suburbs; Mograbi is the author of a film on the border between Israel and Palestine, taking soldiers to task.
The title of the exhibition is “What is waiting out there”, understand, reality. It is of realism we are talking about, and how the theme is artistically processed. The exhibition strictly embraces the news, rejecting the tendency of immanent art, art that rejects the basely material contingencies.

Political repercussions of Western democracies, remnants of colonialism, wars, violence, all the artists explore our relationship to the harsh reality.

I wondered after visiting the Jewish Museum and the Memorial of the Shoah, how do they live with the guilt of a Nazi grandfather?
I think I find an answer in this biennale and in the atmosphere of the entire city.
They cultivate their past to better observe it, understand it, build monuments to its memory; but more importantly, they constantly question the present and refuse the passive consumption of the media tornadoes. They retain a morbid, “destroy”, “underground” side, and it is very sane, they do not practice the Austria-like approach of policy, erm, ostrich-like approach, sorry… I love Berlin.

Berlin - ODC & C-Base, Europe Creative

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