Hackers & pirates modernes : culture, combats, idéologie

Aug 10, 2010 2 Comments by Alice

Modern hackers & pirates : culture, struggles, ideals
Translated in english below

Rencontre avec un hacker, un pirate parlementaire et un étudiant ingénieux en Hongrie.
Meeting with a hacker, a pirate and an artful student in Hungary.

Ils sont programmeurs, étudiants en “computer science” ou en électronique, net artistes, designers, freelances ou jeunes entrepreneurs, employés dans des boites de sécurité informatique, professeurs de mathématiques…Tous ont en commun d’utiliser leur temps libre pour travailler sur des projets personnels avec passion. Appliquer le modèle de la collaboration initiée par le logiciel libre au monde réel, tel est leur quotidien.
On a visité 3 hackerspaces, Metalab, The Hungarian Center for Knowledge et C-base, respectivement à Vienne, Budapest et Berlin.
D’un point de vue esthétique, Metalab et C-base vouent un culte à l’imagerie intersidérale…C-Base est un objet non identifié qui se serait crashé à Berlin, il y a de cela 12 ans. Le vaisseau spatial doit pouvoir redécoller un jour, c’est ce à quoi travaillent les geek-astronautes cachés dans chaque recoins. Une équipe de C-Base a répondu au concours lancé par Google visant à créer un robot qui puisse faire 500 mètres sur la lune et récolter des données…30 millions de dollars à la clef tout de même, les résultats seront rendus publics en décembre 2012.

D’un point de vue olfactif,  ça pue l’homme, la vieille moquette et la clope. Il n’y a pas de femme – donc pas de ménage ?  Il y a comme un côté vieil ado qui ne veut pas sortir de sa chambre en bazar. Cependant, on peut noter qu’à Métalab, les pièces détachées sont précieusement rangées dans leurs petites boites alignées. Les jouets sont des makerbots et laser cutter, la nourriture appartient au domaine public : si tu n’as pas mis de copyright dessus, elle peut être mangée par la communauté.

Plus sérieusement, d’un point de vue idéologique, quels sont leurs combats ?

Les influences tiennent d’abord du mouvement du Libre incarné par Richard Stallman pour les puristes, Lessig pour les autres, de la philosophie Punk pour le “Do it Yourself”, les détournements de codes, les alternative au capitalisme.
Je ne suis ni experte, théoricienne ou chercheuse, d’autres le font mieux alors autant s’y référer. Un article dans Framasoft donne les résonances politiques des gourous de la culture Hacking, tirant vers le libertarianisme.

L’article analyse le site personnel d’Eric S. Raymond, l’un des programmeurs actifs du projet GNU, connu notamment pour La cathédrale et le bazar. Il y révèle un aspect de son œuvre : Armed and Dangerous, journal personnel où la star du hacking se montre féroce défenseur d’une liberté particulière : le port d’armes légal.
Les libertarians sont inclassables politiquement : “Le libéralisme libertarien semble échapper à la dichotomie politique classique gauche/droite de par ses thèses qui le situent à la fois à gauche au plan des libertés individuelles (dépénalisation des drogues, liberté d’expression, liberté d’immigration, liberté sexuelle, refus de la conscription…) et à droite au plan des libertés économiques (respect de la propriété privée, liberté d’entreprendre, libre-échange, réduction drastique de la fiscalité, rejet des politiques étatiques de redistribution…).” source : wikipedia.

Dans Internet Actu, Xavier De La Porte a écrit un article clair sur l’évolution des hackers, à partir des recherches de Steven Levy, auteur de Hackers, Heroes of the Computer Revolution. L’article synthétise la pensée de Levy sur l’évolution des Hackers.
3 catégories-types en ressortent :
- “titans”, ceux qui ont réussi, désormais riches et puissants et célèbres : de Bill Gates à Mark Zuckerberg en passant par Paul Graham qui investit aujourd’hui dans les “startups de hackers”.
- “idéalistes”, qui n’ont pas trahi l’idéal, mais d’une manière ou d’une autre, en souffrent : Richard Stallman, Richard Greenblatt.
- “nouvelle génération”, des gens qui ne voient pas le business comme un ennemi, mais un moyen pour leurs idéaux et leurs innovations d’atteindre le plus large public possible.

Concrètement, de ce que j’ai pu comprendre, entendre et expérimenter lors de notre voyage à Hackland, la solution chimique de la culture hacker actuelle peut se distiller en quelques us et coutumes :

Just do it : Au Métalab, la règle est que personne ne doit dire : “on devrait faire comme ceci…” mais appliquer soi même les bonnes idées. C’est à la fois un droit et un devoir, la communauté met à dispositions des moyens, les membres s’intègrent par des projets. C’est ce qui fait que pas mal d’entre eux sont critiques vis-à-vis des “labs” où la pratique est devancée par la recherche conceptuelle, où le faire est moins présent et les projets par conséquents, assez peu testables, tangibles ou concrets. Venant de l’univers de la programmation informatique où chaque ligne de code écrite est testée puis améliorée, le fonctionnement itératif est un principe évident pour eux, applicable à tous types de projets. Ils ont l’habitude de répondre à des cas pratiques ou des clients qui veulent un produit finis, ils ont le sens du détail, du forkage et de la livraison: passage de la “proof of concept” au prototype duplicable.

Liberté de l’information : Les données appartiennent à tous, les codes sont partagés, c’est ainsi que la collaboration naît et est créatrice d’innovation. Une idée n’appartient à personne, elle est le fruit de plusieurs étapes de maturation qui ont mêlé différents groupes de personnes. La propriété intellectuelle et les brevets appartiennent à un monde archaïque où l’idée appartenait à celui qui la formulait. Aujourd’hui, non plus simplement l’idée mais sa création est enrichissante, parce qu’elle confère au groupe qui l’a produite, une légitimité et étend son échos, son réseau et sa bonne réputation. J’ai rencontré Amélia à Budapest, avec l’équipe du Hackespace de Stef, elle est membre du parti Pirate en Suède et élue au parlement européen. La Suède est le seul pays à avoir suffisamment voté pour le parti Pirate pour qu’il obtienne 2 sièges au parlement européen. Elle raconte que le parlement n’écoute que des arguments qui entrent dans son cadre : l’économie de marché. Ainsi, elle bénit le principe de libre concurrence qui contre les lois concernant le renforcement des brevets et de la propriété intellectuelle.

La non-sélection : Il n’y a pas de critères de sélection officiels pour être membre, excepté payer la mensualité (entre 15 et 20 euros au Métalab), et encore…Les hackerspaces se veulent ouverts, en opposition au système étatique jugé bureaucratique et injuste. C’est l’envie, la participation aux projets qui comptent, non le style vestimentaire, les diplômes, la classe sociale ou la couleur de peau. “Venez comme vous êtes” pour reprendre le slogan de MacDo.
L’initiative NetzNetz en Hongrie, est un exemple assez intéressant.
Afin d’offrir une répartition plus juste et plus démocratique, du budget que Budapest pouvait allouer à des initiatives sociales et artistiques, un groupe de jeunes gens a créé une plate-forme pour récolter les avis des membres de la communauté des nouveaux média, plus à même de juger de la pertinence d’une initiative ou non. C’est ainsi que le Métalab a pu se lancer, avec un budget de 30 000 euros.

Le rejet du pouvoir industriel et commercial : Aujourd’hui, si les nouveaux entrepreneurs peuvent venir des hackerspaces, que le système capitaliste est donc moins controversé, la virulence envers les grands groupes demeure. Critiqués pour leur incapacité à produire de l’innovation et à vampiriser celles des autres, voire pire, à chercher à empêcher le développement du logiciel libre, les grandes entreprises, comme l’état, sont tenus à l’écart. L’indépendance est une vertu fondamentale qu’il est très difficile de conserver. Stef, fondateur du Hungarian Center For Knowledge a passé plus de 6 ans au département R&D du groupe Siemens, “Je suis resté aussi longtemps car je n’aime pas les échecs, mais j’ai du me rendre à l’évidence que ce n’était pas dans ce cadre que l’innovation pourrait éclore. On courre après des mini changements appelés innovations : des changements dans les matériaux utilisés, plus cheap, moins chers, super. Ici on fait mieux sans tous leurs moyens.” Il donne des cours d’informatique à la faculté et certains des membres du Hackerspace sont d’anciens étudiants, comme Dnet qui a créé HackSens, un boitier qui permet de dire si un membre est présent ou non dans l’espace, ainsi renseigner à quelque visiteur de la page web que ce soit, si le Hackerspace est ouvert ou non.

L’auto suffisance comme garantie de l’indépendance : “Nous sommes indépendants. Tout ce qui est au hackerspace a été fabriqué par nous même, on fait de la bonne récupération. Tout l’immeuble est autogéré” explique Stef. Le Hungarian center est spécialement bien entouré, il y a un bar en plein air au RDC, avec concerts de jazz, des espaces de jeux, des ateliers de graffiti, de peinture… L’ambiance est très agréable et l’état du bâtiment, brut mais solide. “Si demain Stef venait à partir, nous pourrions très bien vivre sans lui” illustre Dnet, l’étudiant bidouilleur et ambitieux…!

Si ces communautés influencent autant notre société, c’est parce qu’ils renversent les principes de l’innovation traditionnelle.
Dans cette vidéo très claire, Charles Leadbeater explique comment des groupes  de gens indépendants  font les produits “cutting edge” de demain : avec passion et indépendance, juste pour eux.

Pour finir, je dirais que nous nous sommes senties chez nous dans ces hackerspace, ou presque. Par honnêteté intellectuelle, il est à rappeler qu’il n’y a ni femme, ni personne de couleur, mais une moyenne d’hommes occidentaux, geeks et barbus, entre 17 et 40 ans. L’ouverture signifie que la porte est ouverte si on veut bien la pousser. C’est bien là le paradoxe, si le combat idéologique derrière en vaut la chandelle, alors on peut dire que cela manque d’actions qui parlent à tous, qui disent aux jeunes : ” on est là, on sert à ça, si tu veux faire des trucs bien, viens nous voir”.

They are programmers, students in “computer science” or in electronics, Internet artists, designers, freelance or young entrepreneurs, working in informatics security businesses or maths teacher… All have in common to spend their spare time working passionately on personal projects. Applying the collaboration model started off by the free software to the real world is their day-to-day life.
We visited three hackerspaces, Metalab, The Hungarian Center for Knowledge and Cbase, respectively based in Vienna, Budapest and Berlin. From an aesthetic point of view, Metalab and Cbase live for interstellar imagery… Cbase is a non-identified object that crashed in Berlin 12 years ago. The spaceship has to take off again one day; it is what the geek-astronauts hidden behind every corner work at. A Cbase team entered the Google contest aiming to create a robot capable of walking 500 metres on the moon and gather information… 30 millions of dollars is the prize, results will be announced in December 2012.

From an olfactory point of view, it stinks of men, old carpet and cigarettes. No woman so no cleaning? There is an old teenager feel, the one who doesn’t want to leave his messy room. But we can notice that at Metalab, spare parts are carefully put away in little lined up boxes. Toys are Makerbots and laser cutters, food is public propriety: if not labelled and copyrighted, the community can eat it.

More seriously, ideologically speaking, what are they fighting for?

Influences come from the Libre movement represented by Richard Stallman for the purists, Lessig for the others; from the Punk philosophy for the “Do It Yourself” crowd, the codes reinterpretations, alternatives to capitalism.

I am neither an expert nor a theorist or a searcher; others are better than I am so I might as well reference them. An article in Framasoftlibertarianism. The article analyses Eric S. Raymond’s personal website, one of the project GNU programmer, notably known for The Cathedral and the Bazaar (in french) gives an idea of the Hacking culture’s guru’s political resonance tending towards . He reveals an aspect of his work : Armed and Dangerous, personal diary in which the hacking star ferociously defends a particular freedom: The legality of carrying weapons. Libertarians are politically impossible to classify: “The libertarian liberalism seems to escape the classic political dichotomy left/right because of its theories. It is on the left when it comes to individual freedom (drugs legalisation, freedom of speech, of immigration, of sexuality, refusal of conscription…); and on the right when it comes to economic freedom (respect of property ownership, entrepreneurial freedom, free trade, taxes reduction, rejection of the redistribution politics from the State…)” Wikipedia.

In InternetActu, Xavier de la Porte published a clear article on hackers’ evolution based on researches by Steven Levy, author of Hackers, Heroes of the Computer Revolution. The article summarizes Levy’s view on the evolution of hackers. Three categories come out of the study:

-“Titans”, those who succeeded; now rich, powerful and famous: from Bill Gates to Mark Zuckerberg via Paul Graham who now invests in hackers’ start-ups.

-“Idealists” who sticked to the ideal but suffer from it one way or an other: Richard Stallman, Richard Greenblatt.

-“New Generation”, people who do not see business and trade as enemies but means to their end: for their ideals and innovations to reach the largest possible public.

In concrete terms, from what I understood, heard and experienced during our trip to Hackland, the chemical solution of today’s hacker culture can be broken down to a few habits and customs:

Just do it

At Metalab, the rule is that no one can say, “we should do it this way” but apply himself his ideas. It is both a right and a duty, the community gives means, and members integrate themselves through projects. It is why most of them are critical of the “labs” where doing is the result of conceptual research, where it is less present and the projects, as a result, are rarely testable, tangible or concrete. Coming from the informatics-programming world where every code written is tested then updated, the repetitive process is an obvious principle to them, applicable to every project. They are used to answer to practical cases or to clients who want finished products. They are aware of details, of “forking” and of delivery: going from “proof of concept” to replicable prototypes.

Freedom of information

Data are everyone’s property, codes are shared; it is how the collaboration is alive and creative, full of innovation. An idea is nobody’s; it is the fruit of more than one maturing stage which involved different groups of people. The intellectual property and copyrights belong to an archaic world in which the idea was whoever’s formulated it. Now, not only the idea, but the creation of the idea is interesting because it gives the group producing it a legitimacy and further its echo, network and reputation. I met Amelia in Budapest with the Hackerspace of Stef’s team. She is a member of the Pirate part in Sweden and was elected at the European Parliament. Sweden is the only country to have supported Pirate enough to get them two seats at the European Parliament. She explains the Parliament only listens to arguments entering its set frame: market economy. This is why she blesses the principle of free competiveness which goes against the laws reinforcing intellectual property and copyrights.

Non-selectivity

There are no official selection criteria’s to become a member, except to pay the monthly fee (between 15 and 20 Euros at Metalab), and even that… Hackerspaces want to be open, in opposition to the state system judged bureaucratic and unfair. It’s the passion, the participation to projects that matter; not the style, the degrees, the social background or the skin colour. “Come as you are”, to copy MacDonalds’ headline. The NetzNetz example in Hungary is interesting. To offer a fairer and more democratic division of the Budapest budget for social and artistic projects, a group of youngsters created a platform to collect the opinions of the new media community members, more apt to judge the impact of a project. It is how Metalab started with a budget of 30 000 Euros.

Rejection of industrial and commercial power

Nowadays, even though the new entrepreneurs can come form the hackerspaces and that the capitalist system is less controversial, the dislike of the big companies lingers. Criticised for their lack of innovation and their domination over other’s (if not worst, like trying to stop the free software development); big companies, along with the state, are kept out of things. Independence is a fundamental virtue really hard to keep. Stef, funder of the Hungarian Center for Knowledge spent more than six years in the R&D department of Siemens group: “I stayed that long because I don’t like failure. But I had to give up and admit it wasn’t there innovation could hatch. We ran after tiny changes called innovation: material changes, cheaper, less expensive. Great. We do better here without all their money.” He teaches informatics at university and some of the Hackerspace’s members are old students. Like Dnet who created HackSens, a box that can tell if a member is present or not in the space, therefore letting know whoever is visiting the webpage if the Hackerspace is opened or not.

Self-sufficiency to guarantee independence

“We are independent. We have created everything in the Hackerspace, we are pretty good at recycling. The entire building is self-managed.” Explains Stef. The Hungarian Center is particularly well provided. There’s an outside bar on the ground floor with jazz concerts, playgrounds, graffiti workshops, painting workshops… there is a good atmosphere and the building is raw but solid. “If Stef left tomorrow, we could survive without him.” Says Dnet, the patching up, ambitious student.

If these communities have so much impact on our society it is because they overturn the principles of traditional innovation. In this video, Charles Leadbeater explains how passionate groups make the “cutting edge” products of tomorrow: with passion and independence, for themselves.

See the 2d video

To conclude, I would say we felt at home in these hackerspaces. For intellectual honesty, it is important to remind you that there is no women or coloured people in these spaces. It is only western men, geeky and hairy, between 17 and 40 years old. The openness means the door is there to be pushed by all. It is where the paradox is highlighted; if the ideological battle behind these spaces is worth anything, we can say it is lacking actions speaking to everyone, actions which would say to youngsters: “we are here, we do this, for that purpose, if you want to do something good, come by.”

Blog, Budapest - HSPBP, Europe Creative, Vienna - Metalab & The Hub

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2 Responses to “Hackers & pirates modernes : culture, combats, idéologie”

  1. stef says:

    great commentary! thanks a lot!

    > for intellectual honesty, it is important to remind you that there is no women or coloured people in these spaces. It is only western men, geeky and hairy, between 17 and 40 years old.

    indeed we have female members, not much – but still higher than industry average. Metalab/Cbase also have a very respectable female membership.

    In Hungary there are no statistically significant colored minorities, which is the reason for their lack in our space, i think the same goes for austria and to a lesser degree also for berlin.

    But yes, we are working to increase our female membership ratio, as well as trying to attract also teens and pre-teens.

    > if the ideological battle behind these spaces is worth anything, we can say it is lacking actions speaking to everyone, actions which would say to youngsters: “we are here, we do this, for that purpose, if you want to do something good, come by.”

    our focus is more on creation than communication, indeed there needs to be a balance between those two – and you’re somewhat rightish. Mostly we focus on presenting our results more than presenting our vision or purpose, i guess this comes from our strong roots in meritocracy, where you first deliver and then get credit. Actions are more important than talks, also the hacker culture highly values privacy, the geeks themselves are also somewhat introverted, which also account for the lack of communication. but i reject the notion that we ‘lack actions’. our actions are more essential than vocal.

  2. Alice says:

    Thanks Stef for this answer,
    see you next year with 50/50 of women ?

    ; )

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